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Carignon : Le bon vieux temps des « affaires »

par La rédaction le Novembre 2007 à 19h12
Hé oui, Le Torchon fait dans le consensuel et s’apprête à mitrailler une ambulance qui compte des millions de kilomètres au compteur. Mais derrière ce mécanisme déjà tellement usé qu’il a perdu quelques pièces veut se cacher une carrosserie flambant neuve, intacte et sans accrocs. Alain Carignon semble en train de réussir à se faire passer pour un jeune premier altruiste et fondamentalement bon. Alors plutôt que de remettre le compteur à zéro, remettons plutôt les pendules à l’heure.
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Entre 1983 et 1995, le règne d’Alain Carignon sur le département de l’Isère est hégémonique : il est à la fois Maire de Grenoble, député de l’Isère, Président du conseil Général de l’Isère et Ministre de l’environnement puis de la communication. Possédant tous les pouvoirs, il place ses hommes aux postes clés. Il est incontournable. Cette omniprésence va le placer au centre d’un nombre impressionnant de forfaits, auxquels il va devoir répondre devant la justice, et finir par passer 29 mois en prison pour corruption, faux et abus de biens sociaux ou encore subordination de témoins. Malgré ses dénégations, la justice établira qu’il a bénéficié de plus de deux millions d’euros d’avantages personnels. Pendant ce temps là, la ville s’endette, et la gestion de Grenoble passe au second plan.

Un maire qui aime la presse

Fin 1988, peu avant les élections municipales qui se tiendront en 1989, un petit groupe de presse voit le jour à Grenoble : Dauphiné News. Officiellement, le groupe indépendant édite un mensuel local, Dauphiné News, et un journal gratuit, News gratuit.
En réalité, C’est Alain Carignon qui porte le projet, afin d’avoir un instrument de propagande entièrement dévoué à sa cause. Véritable rédacteur en chef officieux, il donne des directives précises sur les sujets à aborder, les angles à suivre, les personnes à interviewer, et même sur ce qu’il faut leur faire dire. C’est toujours lui qui sollicite des entreprises pour financer les journaux. Après avoir utilisé les titres pour servir sa réélection, et alors que leur situation financière devient trop grave, il fait racheter le groupe par une filiale de la Lyonnaise des eaux créée pour l’occasion. L’entreprise épongera plus de cinq millions de francs de dettes.
Alain Carignon semble d’ailleurs réellement aimer la presse, puisque lorsque le Canard enchaîné consacre un article au financement et aux objectifs de Dauphiné News, des proches du maire se pressent dès l’ouverture des marchands de journaux et dévalisent les présentoirs de tous les exemplaires du Canard.

La facture de l’eau… salée :

Juillet 1989. Alain Carignon entame son deuxième mandat de Maire de Grenoble. En juin, il assure que le service d’eau de la ville resterait sous l’égide de la mairie. Mais le 14 juillet, une privatisation préparée par l’équipe majoritaire est votée en conseil municipal, malgré de nombreuses critiques de la gauche et 1500 manifestants sur le parvis de la mairie. Le service d’eau est cédé à la COGESE, une filiale commune de la Lyonnaise des eaux et du groupe Merlin, créée spécialement pour l’affaire. Quelques années plus tôt, les responsables des deux entreprises et Alain Carignon s’étaient réunis pour se mettre d’accord sur les modalités du transfert. Aucune autre entreprise n’est consultée, aucune étude n’est réalisée : les deux privilégiés doivent s’entendre pour gérer le service.
Mais le privilège n’est pas gratuit : en échange, les entreprises doivent répondre à tous les petits caprices d’Alain Carignon, et lui payer tous ses jouets : Avant même l’attribution du service d’eau, le groupe Merlin achète au maire un appartement de 280 m² à Paris. Ce petit geste avait été posé par Alain Carignon comme condition pour rester dans la course au marché de l’eau.
Le groupe payera par la suite 122 voyages en avion pour lui et sa famille vers diverses destinations, une croisière de luxe de douze jours en méditerranée et financera même ses cours d’anglais. Malgré les cadeaux, il faut croire que le jeu en vaut la chandelle pour les industriels : le prix de l’eau augmente de 56% en 5 ans, sans que les travaux d’entretien nécessaires soient réalisés. La justice établira que la concession du service d’eau à la COGESE a été réalisé par Alain Carignon seulement parce qu’elle lui permettait de bénéficier d’avantages personnels.

La chute

Ce sont des lettres anonymes vont faire office de grain de sable dans les rouages du système Carignon. Fin 91 et début 93, un corbeau informe la justice des modalités de renflouement du groupe Dauphiné news : une information judiciaire est ouverte, l’enquête est confiée au Juge Philippe Courroye. Silencieuse jusque là, la presse commence doucement à s’intéresser au sujet.
Au terme de l’enquête, Alain Carignon est placé sous mandat de dépôt et incarcéré en octobre 1994. Les affaires sortent les unes après les autres, les dossiers s’empilent, et les langues se délient. Trois témoins centraux qui avaient reconnus l’implication d’Alain Carignon avant de se rétracter parlent. Ils avaient subis des pressions pour modifier leur témoignage, et reviennent sur leur première version des faits. Malgré les évidences et les preuves de plus en plus nombreuses, l’élu nie tout en bloc, multiplie les mensonges et n’avoue aucune faute. Le 9 juillet 1996, Alain Carignon est finalement condamné par la cour d’appel de Lyon à cinq ans de prison dont un an avec sursis, 400 000 F d’amende (environ 61000€) et cinq ans d’inéligibilité. Il aura bénéficié de 2,9 millions d’euros d’avantages matériels personnels.

Aujourd’hui encore, Alain Carignon nie toute faute pendant ses années de pouvoir. Il va même jusqu’à contester l’enrichissement personnel, arguant qu’il n’a jamais reçu de monnaie sonnante et trébuchante, et oubliant que c’est si c’est le cas, c’est simplement parce qu’on payait tout à sa place. Lorsque qu’on ne s’appauvrit pas, mathématiquement, on s’enrichit. Il s’abrite aussi derrière le système généralisé des financement politiques d’avant 90, explique qu’il est le seul a avoir payé pour des actes que tous les politiques commettaient. Là encore il à la mémoire sélective, puisque certains des faits qui lui étaient reprochés ont justement été couverts par la loi d’amnistie de 90 sur les financements politiques. Mais évidemment pas ceux qui ont servi sa propre personne, sans lien avec son parti.



La rédaction

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