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Simple peine (quotidienne)

par La rédaction le 31 janvier à 14h36
Chaque jour, au centre de rétention de l’aéroport Saint-Exupéry, des étrangers en situation irrégulière sont enfermés avant d’être renvoyés dans leur pays ou régularisés. Passer une journée devant, c’est beaucoup plus intéressant que ça en a l’air.
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Comme les autres médias, c’est après y avoir été invité à l’occasion de la visite d’un sénateur Vert que nous avons décidé de faire un reportage au centre de rétention administrative de Saint-Exupéry. Ou plutôt devant le bâtiment, puisque seul le sénateur a le droit d’y entrer. Le centre n’est pas officiellement une prison, mais ça a l’air quand même vachement moins confortable que l’hôtel Formule 1 d’en face. Il faut dire que les caméras de surveillance et les barbelés ne font rien pour rendre l’endroit plus charmant.

Retenus, pas détenus.

Les gens qui peuplent le centre ne sont pas détenus, mais retenus. Ce sont des hommes, mais aussi des femmes et des enfants qui n’ont pas grand-chose à se reprocher. Leur seul tort : ne pas avoir de papiers en règle. Pour cette raison, ils sont privés de liberté, entassés à quatre dans des chambres de 9m² et peuvent être immédiatement reconduits dans leur pays d’origine.

Devant le centre, deux anciens retenus attendent. L’un deux, Kader*, Algérien de trente ans, m’explique sa situation. Tombé amoureux d’une Française rencontrée lors d’une tournée de danse, il reste en France où il fait cinq enfants à la patrie. Il n’a jamais pris la peine de régulariser sa situation, ce qui est quand même plutôt bête, et se retrouve retenu au centre à la suite d’un contrôle d’identité. Il y reste six jours, le temps de prouver que grâce à ses enfants français, il a bien le droit de rester sur le territoire.

D’autres retenus connaissent des fortunes bien différentes : « Il y en a qui ont eu des histoires dans leur pays, ils ne veulent pas y retourner. Certains font des tentatives de suicide, parce qu’ils préfèrent mourir ici que de rentrer… » raconte Kader. Marie-Thérèse Traynard, militante à la Coordination iséroise de soutien aux sans-papiers et demandeurs d’asile, à l’origine de la visite, connaît bien le problème : « Il y a beaucoup de réfugiés politiques qui sont menacés de mort dans leur pays. Pour rester, ils doivent le prouver, mais c’est parfois très difficile. Avec le Congo où l’Algérie, on arrive à faire venir des preuves, des témoignages, mais ailleurs, comme en Guinée, les gens ont peur que leur témoignage ne leur pose des problèmes ».

Lorsque je demande à Kader quelles sont les conditions de rétention, il se montre très clair : « On n’est pas en prison, mais on est quand même enfermé. Les policiers sont très gentils, ils comprennent qu’on a des problèmes. Avec les CRS, ce n’est pas pareil… Mais les gens sont là pour faire leur travail » commente t-il. Pour corroborer ses dires à chaque fois que des policiers passent derrière les grilles, Kader les apostrophe et plaisante avec eux.

Théorie de la relativité

Les journalistes qui attendent le sénateur ne prennent même pas la peine d’interroger les anciens retenus (sauf celui d’un journal gratuit, ce qui est cocasse, vu que toute la presse payante critique les gratuits pour leur manque de qualité). Ils vont se réfugier sous une sorte d’abribus qui sert de salle d’attente aux familles.

Il fait froid, il pleut, et le sénateur reste plus longtemps que prévu dans le centre. Les journalistes se plaignent. Une femme, accompagnée de deux fillettes, arrive. « Leur père doit être expulsé le lendemain » explique Kader. Pas rancunier, ce dernier retourne à l’intérieur du centre avec la complicité d’un policier. Pas de syndrome de Stockholm, il veut seulement donner les trente euros qu’il a en poche à un ancien camarade : « C’est un vieux, il n’a pas de famille, il pourra s’acheter des clopes ». Le sénateur Vert sort enfin et se déclare « surpris » des bonnes conditions de rétention. Ca c’est de l’opposition ! En réalité, l’écologiste est surtout venu pour faire parler de lui - et de sa candidature aux primaires des Verts pour l’élection présidentielle de 2007 – et ne connaît pas grand-chose au problème. Comme le dit son conseiller : « Chez nous, il y autant de candidats que de militants ! »

Dans leurs éditions respectives, les médias montreront eux aussi que la question ne les passionne pas, jugeant que ce n’est pas la peine d’y consacrer beaucoup de place.

Une voiture s’arrête. Ce sont les amis de Kader, venus pour le ramener chez lui. « Ma femme m’a préparé un couscous, il y a une bouteille de rosé au frais, ça va être le rêve chez moi ! » lance ce dernier, avant de s’enfuir vers sa modeste chimère. Pour les autres retenus, le cauchemar continue.

Cet article a été publié dans le Torchon dauphinois N°1 Mars/Avril 2006


A écouter

L’émission « Là bas si j’y suis » diffusée tous les jours sur France Inter de 15h à 16h a consacré deux reportages au centre de rétention de Lyon. Vous pouvez les écouter sur le site www.la-bas.org :

Première partie,

Seconde partie



La rédaction

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